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Le savon de Marseille

par Provence Chérie

Bien que le premier maître-savonnier marseillais « reconnu » daterait de 1371, tout commença au XIXe siècle.
En 1813, il existait 32 fabriques de savonneries en activité à Marseille, leur produit phare : le savon de Marseille bien sûr.
Et en 1922, il y en avait 129 !

Depuis les savonniers traditionnels se sont raréfiés. En 1966, il n’y en avait plus que 19.
Et aujourd’hui, nous avons découvert qu’il en existait plus que 3 dans la cité phocéenne.
Un grand nombre préférant se dispenser du long processus de saponification, importe des « pâtes de savon » qu’ils façonnent à leur marque.

L’Union des Professionnels du Savon de Marseille

Trois grandes maisons se sont regroupées en 2011 et ont créés l’UPSM. Cette association loi 1901 vise à défendre un savoir-faire ancestral, établi par l’Édit de Colbert en 1688. À cette époque, Louis XIV institutionnalise le savon de Marseille. Il sera conforté par le décret de Napoléon Bonaparte en 1812.

L’UPSM, au travers de 4 savonneries, promeut l’authenticité du savon de Marseille.

Logo de l'UPSM
Exigez ce logo !
  • Le Fer à Cheval,
  • Marius Favre (à Salon-de-Provence),
  • Le Serail
  • et La Savonnerie du Midi.
    Nous sommes allés les rencontrer et visiter leur musée.

Nous avons découvert que la charte repose sur 3 critères principaux :

  • Seulement 4 ingrédients : plus de 72% d’huiles végétales (notamment l’huile d’olive et sans conservateur, ni colorant, sans parfum, sans additif, ni graisse animale), soude, eau et sel.
    Sain, il est composé de 99% d’ingrédients d’origine naturelle.
  • La fabrication doit être faite à Marseille (cela peut paraître évident mais… il existe quand même des savons de Marseille chinois) ou sa région, son bassin historique depuis le Moyen-Âge.
  • La cuisson doit être réalisée au chaudron, selon un procédé très précis que nous allons vous détailler.

Un logo a été créé. Il authentifie les « vrais » savons de Marseille, garantissant donc son origine, son procédé de fabrication et sa composition.

Mais quelle est la véritable recette du savon de Marseille cuit en chaudrons ?

Camille de La Savonnerie du Midi nous a détaillé ce long procédé traditionnel marseillais qui est réalisé par un maître savonnier (appelé aussi maître de feu) et ses assistants.
Un procédé en 5 étapes réalisé en 7 à 10 jours.

1. L’empâtage

Musée de La Savonnerie du Midi

Dans le chaudron (aujourd’hui métallique), on met successivement les huiles et la lessive de soude (soude diluée dans l’eau).
Porté à ébullition entre 120° et 130°, ce mélange se transforme en émulsion, afin d’obtenir une pâte de savon.
C’est ce que l’on appelle la saponification.

Nous apprendrons que le savon de Marseille peut avoir uniquement deux couleurs :

  • Vert : à base d’huile d’olives.
  • Blanc : à base d’huile de palme (de filière responsable).

Tout autre couleur est interdite !
Personnellement, je privilégie le vert, celui à l’huile d’olives, un savon 100% local.

2. Le relargage

On ajoute à cette pâte de savon, de l’eau et du sel marin. Cela entraîne au fond les impuretés, l’excédent de soude et la glycérine. Moins de 1% de glycérine est conservé.
Le savon, insoluble dans l’eau salée, se sépare ainsi d’une partie de l’eau qu’il contient.

Affiche Le Fauteuil, la Savonnerie du Midi

3. La cuisson

C’est ce qui caractérise la saponification.
Elle permet la complète transformation des corps gras en savon.

4. Le lavage

C’est l’affinage du savon. Les dernières impuretés issues des huiles brutes sont ôtées.
Cette opération permet au savon d’obtenir la dénomination « Extra pur ».

5. La liquidation

Et enfin en ajoutant de l’eau claire, la structure cristalline du savon devient lisse.

Puis vient l’étape du séchage et du façonnage du savon de Marseille

Le savon issu des chaudrons est stocké dans des cuves de repos. Il est réchauffé afin d’en extraire un maximum d’eau.

La pâte est ensuite passée dans une boudineuse. Elle est broyée en granulés. Ce sont les bondillons.
Ils sont conditionnés en sacs et commercialisés.

Mais ils sont également compactés pour obtenir un savon solide en barre.
Et enfin ils sont estampillés à la marque (La Corvette pour la Savonnerie du Midi, Marius Favre ou Le Fer à Cheval).

La savon de Marseille La Bonne Mère, la Savonnerie du Midi

Le musée de la Savonnerie du Midi

La Savonnerie du Midi est le premier musée du savon de Marseille situé sur le site de fabrication et localisé à Marseille.
Il est construit tout autour de la salle des chaudrons, au cœur même de l’usine qui date de 1970. Ce musée a été inauguré fin 2018.
Mais la savonnerie existe depuis 1894.
Nous avons pu y découvrir :

  • le procédé de fabrication traditionnel, expliqué ci-dessus,
  • son ancrage territorial et industriel,
  • sa magnifique collection privée de savons de Marseille,
  • des photos, des publicités…

Cette collection exceptionnelle appartient à Vittorio Quittard.
Nous avons eu le privilège de le rencontrer.
Il nous a commenté l’histoire de ses objets chinés depuis 20 ans : les chromolithographies, les publicités, les savons anciens, comme celui estampillé de la Bonne Mère ci-dessus.

Son épouse Josette s’est consacrée à une salle dédiée aux savonnières. On y découvre du linge d’époque, des planches à laver, des battoirs…

En conclusion, nous vous recommandons vivement cette visite guidée, si vous êtes de passage dans la cité phocéenne.
Une étape incontournable pour connaître les usages d’antan, le procédé exact de fabrication de ce cube mythique et dans un lieu de production (tourisme industriel).

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2 commentaires

Privat 19 novembre 2019 - 20:59

Bonjour
Niveau odeur et texture, les savons de la corvette, marius fabre et le fer à cheval sont similaires. Celui du serail est différent. Je ne sais pas pourquoi. Il sent moins fort l olive j ai l impression. Quelle est la différence ?

Répondre
Provence Chérie 20 novembre 2019 - 08:00

Bonjour,
Je ne suis pas certaine, mais cela est sans doute dû à la quantité d’huile d’olives utilisé ou peut-être sa variété…
Pour Le Serail il y a 50% d’huile d’olives et au minimum 22% d’huile de coprah (noix de coco).
Peut-être que les proportions diffèrent selon les marques.
Dans tous les cas, le savon de Marseille doit contenir plus de 72% d’huiles végétales.

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